Une maison de famille ne se perd jamais d’un coup : elle se perd par défaut, génération après génération

Trois échéances datées commandent le sort d’un bien immobilier ultramarin transmis : 2028, 2037, 2038. Aucune n’attend que vous soyez prêt, et aucune ne prévient l’héritier qui vit à 7 000 kilomètres.

Presque tout ce qui s’écrit sur la succession d’un bien immobilier outre-mer est curatif : comment sortir d’une indivision figée depuis trente ans, comment forcer une vente. C’est arriver après l’incendie. Le sujet réel est en amont : faire pour que la maison de Fort-de-France, l’appartement de Saint-Denis ou le terrain de Cayenne n’entre jamais en indivision subie — et, si le blocage existe déjà, le traiter avant que trois échéances datées ne se referment. Si vous en êtes au choix du territoire, notre analyse pour déterminer quel territoire DOM-TOM correspond à votre profil d’investisseur est le préalable à ce dossier.

La question ne concerne pas que les familles installées sur place. Le bien que vous achetez aujourd’hui est celui que vos enfants transmettront demain : la structure d’acquisition signée chez le notaire décide déjà s’ils hériteront d’un actif liquide ou d’un dossier bloqué. Nos dossiers sur les opportunités et stratégies pour investir à La Réunion en 2026 et sur la manière de monter un dossier de crédit immobilier DOM-TOM que les banques acceptent le complètent : un bien mal titré ne se finance pas, un bien indivis se revend mal.

Objectif double : la mécanique juridique et fiscale exacte — loi Letchimy, prescription acquisitive décennale, biens sans maître, droits de mutation, exonération de 50 % liée à la reconstitution des titres — puis les outils d’anticipation qui permettent de transformer votre fiscalité en patrimoine plutôt que de laisser le temps travailler contre votre famille.

Pourquoi une succession immobilière outre-mer se bloque

ℹ️ Le point de départ juridique : au décès, les héritiers deviennent propriétaires ensemble, chacun pour une quote-part indivise — un pourcentage de droits, pas une pièce. L’article 815-3 du code civil impose l’unanimité pour les actes importants, dont la vente : un seul héritier introuvable ou opposé immobilise tout le bien.

La multiplication mécanique des indivisaires

Une succession non réglée se ramifie : les enfants deviennent petits-enfants, puis arrière-petits-enfants, et le nombre d’indivisaires se multiplie mécaniquement à chaque génération. Chaque génération sans partage successoral divise à nouveau les quotes-parts et dilue la mémoire du dossier. En deux ou trois générations, l’unanimité devient impossible à réunir.

Le désordre foncier et l’absence de titre

Le désordre foncier ultramarin désigne une situation concrète : une famille occupe et entretient un bien depuis des décennies sans titre de propriété régulièrement publié à son nom — acte de partage jamais dressé, construction élevée sans acte, cadastre resté au nom d’un ancêtre décédé. L’occupation est incontestée, mais la chaîne juridique est rompue : sans titre, ni vente, ni hypothèque, ni financement bancaire.

L’éloignement des héritiers

Un notaire ne peut pas signer pour un indivisaire qu’il n’a pas identifié : quand les cohéritiers sont dispersés entre le territoire, l’Hexagone et l’étranger, le dossier s’arrête là, parfois pendant des années, sans mauvaise foi de personne. S’y ajoute une réalité économique : chacun doit contribuer aux charges à proportion de ses droits (article 815-13 du code civil), et quand plus personne ne paie, le bien se dégrade.

⚠️ Précision de méthode : vous lirez partout des pourcentages spectaculaires sur la part du foncier ultramarin bloquée par l’indivision. Ces chiffres circulent sans source primaire ni année identifiables : nous ne les reprenons pas. Le phénomène est documenté par les travaux parlementaires ; sa quantification ne l’est pas.

Infographie illustrant : Schéma pédagogique en trois volets illustrant la mécanique de blocage d une succession immobilière outre-mer. Volet 1 : . Article Mouve
Schéma pédagogique en trois volets illustrant la mécanique de blocage d une succession immobilière outre-mer. Volet 1 :

Loi Letchimy : sortir d’une indivision à la majorité des droits indivis

C’est la dérogation majeure du droit successoral ultramarin : la loi n° 2018-1244 du 27 décembre 2018 (JORF du 28 décembre 2018), portée par le député Serge Letchimy, écarte la règle d’unanimité dans un cas précis.

💡 Le mécanisme en une phrase : pour une succession ouverte depuis plus de dix ans, les indivisaires titulaires de plus de la moitié en pleine propriété des droits indivis peuvent, devant le notaire de leur choix, procéder à la vente ou au partage des biens immobiliers indivis.

Il s’applique en Guadeloupe, Guyane, Martinique, à Mayotte et à La Réunion, ainsi qu’à Saint-Barthélemy, Saint-Martin et Saint-Pierre-et-Miquelon (loi n° 2018-1244, article 1er). Deux mots méritent attention : « en pleine propriété » — les droits en usufruit ou en nue-propriété seule ne comptent pas dans la majorité.

Étape 1 — Établir l’état de l’indivision

Le notaire dresse la liste des héritiers et de leurs quotes-parts : généalogie, actes d’état civil, acte de notoriété. Sans cet inventaire, la majorité n’est pas calculable.

Étape 2 — Vérifier le seuil et les exclusions

Succession de plus de dix ans, plus de la moitié des droits en pleine propriété réunis, aucune cause d’exclusion (voir l’encadré ci-dessous).

Étape 3 — La notification extrajudiciaire

Le projet est notifié aux autres indivisaires par acte extrajudiciaire. Point de bascule : le délai d’opposition court dès là, et le silence vaut absence d’opposition.

Étape 4 — Le délai d’opposition

Trois mois pour s’opposer, porté à quatre mois notamment lorsqu’un indivisaire au moins a établi son domicile à l’étranger (loi n° 2018-1244, article 2). Les minoritaires disposent d’un droit de préemption : ils peuvent acquérir la part plutôt que de laisser le bien sortir de la famille.

Étape 5 — Vente, licitation ou partage

Sans opposition, l’opération se réalise : vente à un tiers, licitation (enchères sur le bien indivis) ou partage. En cas d’opposition, le dossier bascule au tribunal judiciaire.

🚨 Trois garde-fous. Le dispositif ne peut pas porter atteinte au local d’habitation où réside le conjoint survivant. Si un indivisaire est mineur ou majeur protégé, l’accord du juge des tutelles ou du conseil de famille est requis. Enfin, l’article 3 de la loi borne le mécanisme au 31 décembre 2028 : des sources secondaires évoquent 2038, le texte consultable dit 2028.

Un avantage fiscal méconnu l’accompagne : l’article 750 bis C du code général des impôts exonère du droit de partage de 2,50 % les actes de partage et de licitation portant sur des biens immobiliers de ces territoires, du 1er janvier 2019 au 31 décembre 2028. La même échéance commande donc le juridique et le fiscal.

Héritier dans l’Hexagone : le compte à rebours dont personne ne parle

Situation la plus fréquente et la moins traitée : vous vivez à Paris, Lyon ou Bruxelles, vous détenez une quote-part sur un bien situé en Guadeloupe ou à La Réunion, vous n’avez jamais lu la chaîne de titres. Un jour, un acte extrajudiciaire vous notifie un projet de vente.

3 mois

Délai d’opposition après notification extrajudiciaire (loi n° 2018-1244)

🌍

4 mois

Délai applicable si un indivisaire au moins est domicilié à l’étranger

🏦

857 €

Plafond des frais bancaires de succession : 1 % des avoirs dans cette limite (article D312-1-3 du code monétaire et financier)

🗓️

10 ans

Ancienneté minimale de la succession pour activer la loi Letchimy

Un point d’actualité sur les frais bancaires de succession : la loi n° 2025-415 du 13 mai 2025 avait prévu la gratuité pour les successions dont le solde est inférieur à 5 965 €, celles impliquant des enfants mineurs et les successions réglées par acte de notoriété. Ces dispositions ont été censurées par le Conseil constitutionnel le 19 juin 2026 (Notaires de France, 29 juin 2026). Le plafonnement demeure, la gratuité annoncée non.

Checklist de l’héritier résidant hors du territoire

  • Écrire au notaire chargé du dossier : un cohéritier joignable ne peut pas être contourné
  • Demander l’état de l’indivision : indivisaires, quotes-parts, origine de propriété, titre
  • Vérifier qui acquitte la taxe foncière — l’indicateur le plus fiable de l’état du dossier
  • Établir une procuration au notaire ou à un proche pour ne pas bloquer une signature
  • Faire calculer le délai d’opposition dès réception de la notification
  • Solliciter l’ADIL de votre département : le réseau ANIL-ADIL informe gratuitement

La distance n’est pas qu’un obstacle logistique : un héritier injoignable est un héritier dont la quote-part finit par être traitée sans lui. Comme le montre notre guide pour investir dans l’immobilier DOM-TOM depuis la métropole, ce qui coûte cher à distance n’est jamais le déplacement : c’est le délai qu’on laisse filer.

Le risque « bien sans maître » et la loi du 7 avril 2026

Voici le scénario que la quasi-totalité des contenus ignore. Une maison de famille est vide depuis des années : personne ne l’entretient et surtout, personne ne paie la taxe foncière. Les héritiers dispersés se disent qu’« un jour, on s’en occupera ». Ce jour-là, la commune peut être arrivée avant eux.

La loi n° 2026-248 du 7 avril 2026, entrée en vigueur le 8 avril 2026, comporte un volet succession vacante et un volet sortie de l’indivision. Selon les Notaires de France (actualité du 1er juin 2026), elle permet aux communes et EPCI de demander la levée du secret fiscal pour les biens présumés sans maître, notamment les immeubles dont la taxe foncière est impayée depuis trois ans et plus. Elle ajoute une publicité numérique sur le site des domaines et clarifie la possibilité, pour le curateur à succession vacante, de se faire représenter pour signer les actes de vente.

🚨 Le renversement à comprendre : l’inertie protégeait jusqu’ici les héritiers, faute pour les collectivités de pouvoir identifier les biens abandonnés. Pour l’héritier ultramarin absent, la vacance n’est plus un statu quo : c’est une horloge.

Deux nuances s’imposent. Une succession dont les héritiers sont identifiés et joignables n’est pas un bien sans maître : le régime vise les cas où le propriétaire n’est pas connu. Et ce texte relève du droit commun, pas d’une loi « outre-mer » — mais c’est précisément pour cela qu’il s’applique pleinement aux DOM, où la proportion de biens sans propriétaire identifié est structurellement plus élevée.

La même loi modifie les articles 815-6, 815-13, 840 et 841 du code civil : possibilité pour un seul indivisaire d’obtenir du juge l’autorisation de vendre en cas d’urgence et d’intérêt commun, régime corse de partage à la majorité des deux tiers devant notaire, collaboration renforcée entre notaire et juge commis pour les partages judiciaires complexes (décret attendu fin 2026).

✅ Le réflexe qui coûte quinze minutes : vérifiez qui paie la taxe foncière du bien familial, et depuis quand. Si la réponse est « personne », vous avez identifié votre urgence.

Prescription acquisitive à dix ans : l’arme à double tranchant

La loi n° 2024-322 du 9 avril 2024 relative à la rénovation de l’habitat dégradé (JO du 10 avril 2024) comporte en son article 51 une disposition à forte portée successorale : elle ramène de trente ans à dix ans le délai de prescription acquisitive de l’article 2272 du code civil, pour la période courant jusqu’au 31 décembre 2038.

Second volet, tout aussi décisif : le texte déroge à l’article 2261 du code civil. Pour les successions ouvertes et non partagées, la possession par un indivisaire d’un immeuble dépendant d’une succession est réputée non équivoque à l’égard des autres cohéritiers, y compris pour la période antérieure. Sont visées les collectivités régies par l’article 73 de la Constitution, ainsi que Saint-Barthélemy et Saint-Martin. En clair : le cohéritier qui occupe la maison familiale depuis dix ans peut, sous conditions, faire constater qu’il en est propriétaire par acte de notoriété acquisitive. Outil puissant de reconstitution des titres pour l’un, menace directe pour l’autre.

🏠 L’occupant qui est resté

  • Il entretient et paie charges et taxe foncière depuis des années
  • Il peut faire reconnaître sa propriété en dix ans au lieu de trente
  • Il obtient un titre publiable : vente, hypothèque et travaux redeviennent possibles
  • La présomption de possession non équivoque joue en sa faveur
VS

✈️ L’héritier qui est parti

  • Il n’a jamais occupé le bien ni participé aux charges
  • Sa quote-part peut être absorbée trois fois plus vite qu’avant 2024
  • La présomption qui le protégeait a été écartée
  • La période antérieure compte : le compteur ne repart pas de zéro

Cette symétrie explique que le dispositif soit juridiquement instable : une proposition de loi déposée à l’Assemblée nationale sous la 17e législature (n° 2218) vise à abroger le III de l’article 51 de la loi du 9 avril 2024, jugeant le raccourcissement décennal dangereux pour les héritiers.

⚠️ Ce que cela implique : si vous détenez une quote-part sur un bien occupé par un autre membre de la famille, l’inaction n’est plus neutre — un courrier au notaire ou une manifestation écrite de vos droits change la nature de la situation.

Ce que coûte réellement une succession immobilière outre-mer

Les droits de mutation à titre gratuit (DMTG) se calculent après un abattement fonction du lien de parenté. Selon Service-public.gouv.fr (fiche « Droits de succession », 9 février 2026) : 100 000 € par enfant et par parent ; exonération totale pour le conjoint survivant et le partenaire de PACS ; 15 932 € pour un frère ou une sœur ; 7 967 € pour un neveu ou une nièce ; 1 594 € pour un petit-enfant ; 159 325 € d’abattement supplémentaire pour une personne handicapée.

Part taxable après abattement (ligne directe) Taux applicable
Jusqu’à 8 072 € 5 %
De 8 073 € à 12 109 € 10 %
De 12 110 € à 15 932 € 15 %
De 15 933 € à 552 324 € 20 %
De 552 325 € à 902 838 € 30 %
De 902 839 € à 1 805 677 € 40 %
Au-delà de 1 805 677 € 45 %

Source : Service-public.gouv.fr, 9 février 2026 — sous réserve de modifications législatives.

Le levier que personne ne relie à la succession

Le 8° du 2 de l’article 793 du code général des impôts exonère de droits de mutation à titre gratuit, à concurrence de 50 % de leur valeur, les immeubles et droits immobiliers lors de la première mutation postérieure à la reconstitution des titres de propriété, sous réserve que ces titres aient été constatés par un acte transcrit ou publié entre le 1er octobre 2014 et le 31 décembre 2037 (source : Légifrance, article 793 du CGI, version en vigueur au 9 février 2025).

50 %

Part de la valeur exonérée de droits de mutation lors de la première transmission suivant la reconstitution du titre — taux relevé de 30 % à 50 % par la loi n° 2017-285 du 6 mars 2017 sur l’assainissement cadastral.

Deux précisions. L’exonération n’est pas cumulable : un bien qui en a déjà bénéficié lors d’une mutation antérieure ne peut en bénéficier de nouveau (BOFiP, BOI-ENR-DMTG-10-20-30-140, 29 octobre 2024). Ensuite, une divergence documentaire doit être signalée : cette même page BOFiP affiche encore l’ancienne échéance, quand Légifrance porte la période au 31 décembre 2037, cohérente avec la prorogation de dix ans relevée par le Sénat (rapport n° 494, 2023-2024). C’est 2037 qu’il faut retenir — cette confusion explique que tant de contenus en ligne reproduisent une échéance périmée.

ℹ️ Hypothèse pédagogique — paramètres visibles, chiffres non représentatifs. Maison évaluée à 240 000 €, transmise à deux enfants à parts égales (120 000 € chacun).
Sans reconstitution de titre : 120 000 € − 100 000 € d’abattement = 20 000 € taxables, soit environ 2 194 € de droits par enfant selon le barème ci-dessus.
Avec exonération de 50 % : la valeur retenue tombe à 60 000 € par enfant, sous l’abattement de 100 000 € — soit 0 € de droits.
Seul un notaire peut valider l’éligibilité d’un bien à ce régime.

S’y ajoutent le droit de partage de 2,50 % — exonéré jusqu’au 31 décembre 2028 — les émoluments du notaire et les frais bancaires évoqués plus haut. La logique reste la même : organiser sa transmission pour transformer sa fiscalité en patrimoine durable. Notre simulateur dédié aux dispositifs outre-mer donne un premier ordre de grandeur.

⚠️ Attention aux contenus périmés : beaucoup de pages présentent encore le Pinel Outre-Mer comme un levier accessible. C’est faux : aucun nouvel investissement locatif ne peut plus être réalisé avec ce dispositif depuis le 1er janvier 2025 (source : Service-public.gouv.fr, fiche vérifiée le 11 mars 2026). Avant toute décision, lisez notre article complet consacré au Pinel Outre-Mer.

Ne jamais entrer en indivision subie : six leviers d’anticipation

Tout ce qui précède décrit des situations déjà dégradées. Or l’indivision n’est pas une fatalité : c’est le régime par défaut quand rien n’a été organisé. Six outils de droit commun, applicables outre-mer, permettent de l’éviter.

1. La donation-partage

L’outil le plus efficace. Au lieu de quotes-parts abstraites, vous répartissez de votre vivant des lots précis entre vos enfants, avec leur accord. Les biens sont évalués au jour de la donation : les valeurs sont figées et l’essentiel des contentieux de partage disparaît.

2. Le démembrement de propriété

Transmettre la nue-propriété en conservant l’usufruit permet d’occuper le bien ou d’en percevoir les loyers tout en anticipant la transmission. Attention : ces droits n’entrent pas dans le calcul de la majorité Letchimy.

3. La SCI familiale

Loger le bien dans une SCI familiale transforme un immeuble indivis en parts sociales : les décisions suivent les statuts, plus l’unanimité, et la transmission se fait par donation de parts échelonnée.

4. Le testament

Il ne supprime pas la réserve héréditaire, mais permet d’attribuer des biens précis à des héritiers précis et de désigner un exécuteur testamentaire. Quand les héritiers sont dispersés, cette clarté évite des années de procédure.

5. Le mandat à effet posthume

Il désigne de votre vivant la personne chargée d’administrer la succession après le décès, pour une durée déterminée et un motif sérieux et légitime : héritiers mineurs, bien complexe, éloignement.

6. La protection du conjoint survivant

Le droit viager au logement permet au conjoint survivant de rester dans le logement qu’il occupait en résidence principale — un point d’appui à sécuriser explicitement, pas à supposer acquis.

Un septième réflexe s’impose : si le bien a un titre incomplet, la reconstitution du titre doit être menée avant la transmission — c’est la condition d’accès à l’exonération de 50 %, qui s’attache à la première mutation postérieure. L’échéance de 2037 paraît lointaine tant qu’on n’a pas mesuré la durée réelle d’une procédure de titrement foncier.

Ce qu’apporte l’anticipation

  • Le bien reste liquide : vendable, finançable, hypothécable
  • La valeur est figée au jour de la donation-partage
  • Les abattements se rechargent périodiquement
  • Les héritiers éloignés ne dépendent plus d’une unanimité impossible
  • La gouvernance familiale est définie à froid

Ce qu’il faut accepter

  • Une donation est en principe irrévocable
  • Des frais immédiats, à comparer au coût d’un blocage durable
  • Une SCI implique comptabilité, assemblées et rigueur
  • Un démembrement mal calibré complique une sortie d’indivision
  • Les règles fiscales évoluent : toute stratégie se revoit

« En matière successorale ultramarine, l’inaction n’est pas un statu quo : c’est une décision, prise par défaut, dont le coût se règle une génération plus tard. »
— Synthèse éditoriale Mouvement Lyannaj, 2026

Infographie illustrant : Frise chronologique horizontale présentant trois échéances datées du droit successoral ultramarin : 31 décembre 2028 (fi. Article Mouve
Frise chronologique horizontale présentant trois échéances datées du droit successoral ultramarin : 31 décembre 2028 (fi

Mayotte, Guyane, Antilles : droit local et vérifications avant achat

La quasi-totalité des contenus traite « l’outre-mer » comme un bloc homogène. C’est une erreur : les règles foncières y varient d’un territoire à l’autre, parfois profondément.

Mayotte : le statut civil de droit local

Une partie de la population relève du statut civil de droit local, dont l’articulation avec le droit commun des successions est un sujet technique à part entière, auquel s’ajoute l’action de clarification foncière portée par la Commission d’urgence foncière. Aucune analyse successorale mahoraise ne peut donc être conduite par analogie avec la Martinique ou La Réunion. Notre panorama pour investir à Mayotte, marché immobilier du 101e département pose le cadre.

Guyane : la prépondérance du foncier domanial

La part du foncier relevant du domaine public y est structurellement importante, et la régularisation passe par des acteurs spécifiques, dont l’établissement public foncier et d’aménagement de Guyane. Un terrain « disponible » n’est donc pas nécessairement cessible : la nature juridique de l’assiette foncière se vérifie avant toute négociation, comme le détaille notre dossier sur le marché immobilier guyanais, dernière frontière de l’investissement français.

Antilles : la zone des 50 pas géométriques

En Guadeloupe et en Martinique, la zone des 50 pas géométriques — bande littorale relevant historiquement du domaine public — obéit à un régime propre, avec des agences dédiées à la régularisation des occupations. Un bien qui s’y trouve peut être occupé depuis des générations sans que l’occupant en soit propriétaire : l’un des cas les plus fréquents de « maison de famille sans titre ».

Ce que démontre l’exemple corse

Seul jeu de données publiques permettant de mesurer l’efficacité d’un titrement : selon le GIRTEC cité par le Sénat (rapport n° 494, 2023-2024), 405 727 parcelles sur 995 386 étaient en 2009 au nom de propriétaires présumés décédés (40,8 %), contre 313 323 sur 1 030 951 en mars 2024 (30,4 %), après création de 1 868 titres. Ces chiffres ne concernent que la Corse — outre-mer, le GIP Titrement conduit une mission comparable — mais ils démontrent qu’un désordre foncier ancien se résorbe, lentement et à condition d’être outillé.

Vérifications avant de signer un compromis sur un bien ultramarin

  • Faire remonter la chaîne de titres sur au moins trente ans : origine de propriété continue, actes publiés, absence de rupture
  • Vérifier que le vendeur détient l’intégralité des droits, et non une quote-part indivise
  • Contrôler les régimes spéciaux : 50 pas géométriques, foncier domanial, servitudes
  • Demander l’historique de la taxe foncière et l’identité du redevable réel
  • En acquisition à plusieurs : fixer dès la signature les règles de sortie et le sort des parts au décès
  • Arbitrer avant l’achat entre détention directe et société

Le régime d’exploitation conditionne aussi la transmission, comme le détaillent nos analyses sur l’investissement meublé en DOM-TOM et l’arbitrage entre LMNP, LMP et statuts associés. Sur des configurations rigoureusement analysées, une rentabilité de 10 % brut indicatif minimum peut être visée — mais un bien mal titré ne vaudra jamais son rendement affiché le jour de la revente.

Questions fréquentes

Dans quels cas s’applique la loi Letchimy sur les successions en outre-mer ?

Aux successions ouvertes depuis plus de dix ans portant sur des biens situés en Guadeloupe, Guyane, Martinique, Mayotte, La Réunion, Saint-Barthélemy, Saint-Martin et Saint-Pierre-et-Miquelon, jusqu’au 31 décembre 2028 (loi n° 2018-1244 du 27 décembre 2018).

Faut-il l’unanimité ou la majorité pour vendre un bien indivis outre-mer ?

Le principe reste l’unanimité (article 815-3 du code civil). Par exception, dans ces territoires et pour une succession de plus de dix ans, les indivisaires réunissant plus de la moitié des droits en pleine propriété peuvent engager la vente devant notaire.

Combien de temps ai-je pour m’opposer si je vis en métropole ou à l’étranger ?

Trois mois à compter de la notification extrajudiciaire, porté à quatre mois notamment si un indivisaire au moins est domicilié à l’étranger. Passé ce délai, votre silence vaut absence d’opposition.

Un occupant peut-il devenir propriétaire du bien familial au bout de dix ans ?

C’est possible sous conditions depuis la loi n° 2024-322 du 9 avril 2024, qui a ramené la prescription acquisitive de trente à dix ans jusqu’au 31 décembre 2038. Faites vérifier votre situation par un notaire.

Que devient un bien indivis dont personne ne paie la taxe foncière ?

Il devient identifiable comme bien présumé sans maître : la loi n° 2026-248 du 7 avril 2026 permet aux communes et EPCI de demander la levée du secret fiscal pour les immeubles dont la taxe foncière est impayée depuis trois ans et plus (Notaires de France, juin 2026).

Comment prouver que je suis propriétaire d’une maison de famille sans titre ?

Par la reconstitution du titre chez un notaire, éventuellement via un acte de notoriété acquisitive. La démarche est longue mais décisive : elle rend le bien vendable et ouvre droit à une exonération de 50 % de droits de mutation.

Le conjoint survivant peut-il être contraint de quitter le logement familial ?

Pas par le dispositif de sortie d’indivision ultramarin, qui ne peut pas porter atteinte au local d’habitation où il réside. D’autres protections existent, dont le droit viager au logement, à sécuriser avec votre notaire.

Comment éviter que mes enfants se retrouvent bloqués en indivision après moi ?

En organisant la transmission de votre vivant : donation-partage, testament attribuant des lots précis, SCI familiale ou mandat à effet posthume. Vous pouvez échanger avec nos équipes avant de consulter votre notaire.

La succession à Mayotte suit-elle les mêmes règles qu’en métropole ?

Pas toujours : une partie de la population relève du statut civil de droit local, dont l’articulation avec le droit commun est technique. Faites analyser votre dossier par un professionnel connaissant ce territoire.

📞 Parler à un Expert Mouvement Lyannaj

⚠️ Avertissement : les informations contenues dans cet article sont fournies à titre indicatif et ne constituent ni un conseil en investissement, ni une consultation juridique ou fiscale personnalisée. Le droit successoral et le droit foncier ultramarins comportent des règles spécifiques dont l’application dépend de chaque situation familiale : seuls un notaire, un avocat ou un conseiller patrimonial qualifié peuvent délivrer un avis adapté. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures et tout investissement immobilier comporte des risques, notamment de perte en capital. Données à jour en 2026 — sous réserve de modifications législatives et réglementaires.